Une tribune de Thomas Seegmuller, directeur de recherche (CNRS, AMSE) et Raphael Casteu, journaliste en alternance (AMSE) publiée dans La Provence, édition du 05 juillet 2026.
Nombreux sont ceux qui opposent « fin du mois » et « fin du monde », les enjeux environnementaux sont ainsi confrontés aux besoins de l’économie, cette dichotomie ayant pour corollaire un débat constant sur la juste hiérarchisation de ces deux enjeux. En posant ainsi les termes du débat, la transition écologique apparaît comme un “luxe” que nous ne pourrions financer que par ponction du fruit des activités productives, une ponction qui priverait ainsi nos sociétés des ressources nécessaires au soutien de la croissance et de l’emploi – une dépense d’autant plus insoutenable quand l’État est endetté et que l’économie est en berne.
Le climat n’est pas gratuit
L’idée d’un dilemme entre écologie et économie a la vie tenace, la recherche montre pourtant que ces enjeux sont loin d’être irréconciliables mais qu’au contraire, ils se prolongent. Un environnement dégradé affecte l’entièreté du monde, et avec lui, ses activités économiques. Nous pouvons par exemple d’ores et déjà voir l’impact des canicules sur nos activités : des services d’urgences sur-sollicitées, des risques d’insolation qui retardent les chantiers, des sécheresses qui détruisent les récoltes, même les trains sont parfois contraints de rester en gare du fait de l’échauffement des rails – tout cela a un coût.
Depuis plusieurs années maintenant, des travaux scientifiques chiffrent l’impact économique de la dégradation de l’environnement. Il est aujourd’hui également possible de quantifier la réduction de ce même impact par des mesures dites « d’adaptation » au changement climatique. Un déploiement massif de climatiseurs, par exemple, pourrait être une possible mesure d’adaptation face aux canicules. Cette mesure aurait un coût important, mais il pourrait venir un moment où l’impact des fortes chaleurs serait si délétère, qu’il deviendrait in fine moins cher de climatiser tout le pays que d’en supporter les effets.
De telles mesures d’adaptation peuvent être déployées rapidement et permettre une amélioration quasi immédiate de nos conditions de vies. Se préparer à la catastrophe n’est pas pour autant notre seul horizon. L’adaptation au changement climatique – présent et futur – n’exclut pas non plus d’atténuer celui-ci. En d’autres termes, nous pouvons aussi bien planter des arbres qu’installer des clims. Ce type de mesure « d’atténuation » peut ultimement conduire à un bien-être supérieur que le recours à la seule adaptation, ce même « bien-être » incluant aussi la santé de l’économie.
Le vrai dilemme se situe ailleurs
À pression fiscale équivalente, il faut néanmoins choisir de la répartition entre les efforts d’atténuation et d’adaptation. Le vrai dilemme réside dans le timing imposé par ces choix. Lorsque la situation est critique, l'adaptation permet une réponse immédiate. L'atténuation est en revanche nécessaire pour améliorer le bien-être à plus long terme, celui de nos enfants et des générations futures. Une chose reste sûre : mieux vaut ne pas trop tarder. Le coût de l'inaction augmente à mesure que la dégradation avance, jusqu'au point où aucune économie ne sera en mesure de le financer, conduisant ainsi à un effondrement aussi bien climatique qu’économique. Ce n'est pas entre environnement et économie qu'il faut choisir, mais entre agir maintenant et payer bien plus cher demain.