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29 MAI 2026
Une tribune de Guillaume Bazot (AMU, AMSE) parue dans Les Echos.

Une tribune de Guillaume Bazot (AMU, AMSE) publiée le 27 mai 2026 dans Les Echos

La France aborde une zone d’inconfort. La croissance patine, flirtant avec zéro. Dans le même temps, le déficit public demeure élevé et la dette continue de progresser dans un environnement de taux d’intérêt plus élevés qu’au cours de la décennie passée. À cela s’ajoute une inflation qui continue d’entamer le pouvoir d’achat, en particulier pour les ménages contraints dans leurs déplacements et leurs dépenses incompressibles. Cette combinaison crée une pression croissante sur la cohésion sociale : lorsque la richesse progresse peu, les arbitrages redistributifs deviennent mécaniquement plus sensibles.

Dans ce contexte, la stratégie de « laisser filer » la dette a atteint ses limites. Elle a pu jouer un rôle d’amortisseur face à des chocs exceptionnels. Elle devient plus coûteuse et moins soutenable lorsque les taux remontent et que la croissance ne prend pas le relais. Le gouvernement se trouve donc face à une contrainte simple : il ne peut plus différer indéfiniment les décisions difficiles.

Encore faut-il choisir où porter l’effort. Augmenter davantage la pression fiscale sur le travail et la production serait une réponse de court terme, risquée et inefficace. La France se situe déjà à un niveau élevé de prélèvements obligatoires, en particulier sur les facteurs productifs. Accroître encore cette charge pèserait sur l’investissement, l’emploi et, in fine, sur la base fiscale elle-même. Quant à l’idée d’une taxation ciblée des très hauts patrimoines, elle peut participer au débat d’équité, mais il est illusoire d’en attendre une solution à l’ampleur des déséquilibres actuels.

Dès lors, la question des dépenses redevient centrale. Et parmi celles-ci, les retraites occupent une place particulière puisqu’elles constituent le premier poste de dépenses sociales. Ignorer cet enjeu reviendrait à reporter l’effort sur d’autres segments de l’économie, notamment le secteur productif, déjà très sollicité.

Faut-il pour autant engager une réforme brutale ? Probablement pas. D’une part parce que les effets de court terme sont limités, d'autre part parce que le gouvernement souffre d’un grand déficit de légitimité pour s’engager dans cette voie. Dans un tel contexte, une désindexation temporaire et modulée des pensions peut constituer un premier effort pragmatique. Elle consisterait à ajuster l’évolution des pensions en fonction du niveau de revenu, en protégeant pleinement les plus modestes et en demandant un effort plus important aux pensions les plus élevées. 

Une telle mesure présente plusieurs avantages. Elle permet d’agir rapidement sur la trajectoire des dépenses sans remettre en cause les droits acquis de manière brutale. Elle introduit une forme de progressivité, limitant les effets sur la pauvreté. Enfin, elle évite de concentrer l’ajustement sur les actifs, déjà largement mis à contribution et davantage touchés par l’augmentation des prix des carburants.

Et si certains jugent cette solution infaisable, le gel quasi-continu du point d’indice des fonctionnaires depuis 15 ans vient directement les contredire. D’ailleurs, une désindexation durable et ciblée des pensions sur cette même période aurait permis de dégager aujourd’hui des économies de plusieurs dizaines de milliards d’euros par an, bien supérieures aux recettes attendues de nombreuses propositions fiscales.

Cela ne dispense pas d’une réflexion plus large sur l’architecture des politiques publiques. La France s’est progressivement dotée d’un ensemble de dispositifs souvent segmentés, qui rendent les arbitrages plus difficiles et alimentent la défiance. Mais le moment est moins celui des solutions miracles que celui des choix assumés. Espérons simplement que les logiques électoralistes, à un an de la présidentielle, ne conduiront pas, une fois de plus, à la surenchère des solutions irréalistes et irresponsables. 

 

 

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Guillaume Bazot
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https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/croissance-a-larret-finances-sous-tension-le-moment-est-moins-celui-des-solutions-miracles-que-celui-des-choix-assumes-2233596

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